Achats responsables : la clause sociale

Illustration d'un contrat d'achat associé à un symbole d'engagement social

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En bref. Confier une prestation au secteur du travail protégé et adapté remplit un objectif d’achat responsable et réduit la contribution due au titre de l’emploi des travailleurs handicapés. C’est le levier le plus rapide à activer d’une politique d’achats inclusifs.

Beaucoup d’organisations cherchent à donner un contenu concret à leur politique d’achats responsables. Le secteur adapté offre une réponse immédiate : il ne s’agit pas de créer un dispositif, mais de réorienter des dépenses existantes.

Deux effets, un seul geste

Effet Nature Mesurable par
Réduction de la contribution annuelle Financier et direct Déclaration annuelle
Indicateur d’achats inclusifs Extra-financier Part du secteur adapté dans les achats
Contribution à l’emploi local Territorial Emplois maintenus sur le bassin
Réponse aux exigences des donneurs d’ordre Commercial Questionnaires fournisseurs

Le dernier point prend de l’importance : de nombreux grands comptes et acheteurs publics interrogent désormais leurs fournisseurs sur leur politique d’achats responsables. Disposer d’une réponse chiffrée devient un argument commercial.

Le mécanisme de déduction

Une entreprise assujettie à l’obligation d’emploi peut déduire de sa contribution annuelle une partie du montant des prestations confiées au secteur du travail protégé et adapté. Trois caractéristiques :

  1. La déduction se calcule à partir du coût de la main-d’œuvre contenu dans la prestation, et non du montant total facturé.
  2. Elle est plafonnée en proportion de la contribution due.
  3. Elle suppose une attestation annuelle délivrée par le prestataire.

Les modalités de calcul et les plafonds relevant de la réglementation et évoluant, vérifiez les paramètres en vigueur pour l’année concernée. Le mécanisme d’ensemble de l’obligation est présenté dans notre article sur l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés, et une approche complémentaire dans celui sur la réduction de la contribution par la sous-traitance.

Les prestations les plus faciles à orienter

  • La propreté des locaux, prestation récurrente déjà externalisée dans la plupart des organisations.
  • L’entretien des espaces verts, saisonnier et facilement cadré.
  • Les prestations logistiques : conditionnement, préparation de commandes, mise sous pli.
  • La numérisation et le traitement documentaire.
  • Les prestations ponctuelles : remise en état, débroussaillement, opérations événementielles.

Les deux premières représentent l’essentiel des volumes, parce qu’elles sont récurrentes, facilement spécifiables et déjà budgétées. Il ne s’agit donc pas d’une dépense nouvelle mais d’un changement de prestataire.

La clause sociale dans les marchés

Dans la commande publique, plusieurs mécanismes permettent d’intégrer une dimension sociale :

  1. La clause d’exécution : le titulaire s’engage à réaliser un volume d’heures d’insertion pendant l’exécution du marché.
  2. Le critère d’attribution social, pondéré dans l’analyse des offres.
  3. Le marché réservé à des opérateurs employant majoritairement des personnes handicapées ou défavorisées.
  4. L’allotissement conçu pour rendre certains lots accessibles à des structures de taille modeste.

Ces mécanismes existent aussi dans le privé, sous forme contractuelle : rien n’empêche une entreprise d’inscrire un engagement d’insertion dans ses contrats de prestation.

Comment démarrer, concrètement

  1. Recenser les prestations externalisées susceptibles d’être confiées au secteur adapté.
  2. Identifier les structures présentes sur le territoire et leurs domaines d’activité.
  3. Les consulter lors du prochain renouvellement, avec le même cahier des charges que les autres candidats — voir notre article sur la manière de rédiger un cahier des charges de nettoyage.
  4. Comparer les offres sur les mêmes critères de qualité et de prix.
  5. Contractualiser et demander l’attestation annuelle.
  6. Suivre l’indicateur : part du secteur adapté dans les achats, en montant et en pourcentage.

Le point 3 mérite d’être souligné : il ne s’agit pas d’un achat de complaisance. Une entreprise adaptée se juge sur sa prestation, comme tout prestataire — voir notre article sur l’entreprise adaptée.

Ce qu’il faut conserver

  • Les factures des prestations réalisées dans l’année.
  • L’attestation annuelle du prestataire, indispensable pour justifier la déduction.
  • Le contrat et le cahier des charges, qui documentent la réalité de la prestation.

L’absence d’attestation est le motif de rejet le plus fréquent lors d’un contrôle : elle se demande en début d’année suivante et ne pose aucune difficulté si l’on y pense.

Valoriser la démarche

Trois indicateurs simples permettent de rendre compte : le montant annuel confié au secteur adapté, sa part dans les achats de prestations, et son évolution sur trois ans. Ces chiffres alimentent la communication interne, les réponses aux questionnaires clients et, le cas échéant, les informations extra-financières publiées.

Des informations générales sur l’emploi des personnes en situation de handicap et sur les acteurs du secteur sont publiées par l’Agefiph.

Les relations commerciales se contractualisent précisément : l’exemple de l’apport d’affaires.

La clause s’insère dans les conditions générales d’achat : ce qu’elles contiennent.

L’achat responsable rejoint la démarche environnementale : son approche.

Les achats responsables figurent désormais parmi les informations sociales que les grandes entreprises publient et font vérifier : ce que recouvre l’audit des informations de durabilité.

Questions fréquentes

Faut-il être assujetti pour recourir au secteur adapté ?

Non. Toute organisation peut y faire appel. La déduction ne concerne que les structures assujetties, mais la prestation est ouverte à tous.

La sous-traitance dispense-t-elle d’employer directement ?

Non. Elle donne lieu à une déduction plafonnée, mais ne remplace pas l’emploi direct. C’est un levier complémentaire, pas une substitution.

Les prix sont-ils plus élevés ?

Non, ils se situent aux conditions du marché. La comparaison doit porter sur les mêmes prestations et le même niveau de service, comme pour tout appel d’offres.

Comment trouver une structure près de chez soi ?

Par les réseaux professionnels du secteur adapté, les chambres consulaires et les référents handicap des organisations territoriales.

Conclusion

Orienter une prestation déjà externalisée vers le secteur adapté est l’action d’achat responsable la plus simple à engager : même besoin, même cahier des charges, même budget. Elle produit un effet financier direct sur la contribution annuelle et un indicateur extra-financier immédiatement chiffrable.